- Les autorités d’occupation russes forcent les enfants ukrainiens à fréquenter des écoles qui effacent l’identité ukrainienne et diffusent de la propagande anti-ukrainienne, les poussent à participer à des programmes de jeunesse militarisés, et obligent illégalement des garçons à s’inscrire au service militaire.
- Les restrictions et la surveillance imposées par la Russie sur Internet, y compris dans les écoles, rendent l’accès à l’enseignement ukrainien en ligne difficile et dangereux.
- Les autres gouvernements devraient faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin à la propagande et à la militarisation par le biais des écoles, et qu’elle autorise les enfants ukrainiens à suivre le programme scolaire ukrainien ; ces pays devraient aussi aider l’Ukraine à réintégrer les enfants ayant suivi le système scolaire géré par la Russie.
(Kiev, 16 juillet 2026) – Dans les territoires ukrainiens occupés, les autorités russes forcent les enfants ukrainiens à intégrer un système scolaire qui viole leur droit à l’éducation et semble conçu pour détruire leur identité nationale ukrainienne, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Ce système éducatif calque le programme scolaire national russe et exclut l’enseignement en ukrainien. Les autorités d’occupation surveillent et sanctionnent les enfants qui suivent des cours en ligne dans des écoles ukrainiennes, obligent les élèves à obtenir des passeports russes pour obtenir leur diplôme, endoctrinent les enfants à l’aide de propagande anti-ukrainienne et de cours à caractère militariste, et poussent les garçons a s’enregistrer auprès de l’armée russe, en vue de leur conscription. On estime à 1,6 million le nombre d’enfants, dont 600 000 en âge scolaire, qui se trouvent toujours sur les territoires ukrainiens occupés par la Russie.
« La Russie utilise les écoles pour inculquer aux enfants ukrainiens la loyauté envers le Kremlin, glorifier l’invasion russe et les préparer à partir en guerre contre leur propre peuple », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient évoquer ces abus parmi les priorités lors de leurs discussions avec la Russie ; et l’Ukraine et ses partenaires devraient renforcer le soutien apporté aux enfants revenus des territoires occupés, en matière d’éducation et de santé mentale. »
Les autorités russes et leurs mandataires dans les zones occupées d’Ukraine imposent systématiquement les lois, les structures administratives et les institutions russes, remplaçant ainsi les lois ukrainiennes en violation du droit international humanitaire régissant l’occupation. Elles obligent les Ukrainiens, y compris les enfants, à obtenir des passeports russes pour interagir avec les autorités d’occupation et, en fin de compte, pour rester chez eux. Cela viole le droit des enfants à préserver leur identité et leur nationalité, garanti par le droit international des droits humains.
En octobre et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq enfants, âgés de 11 à 17 ans, qui avaient quitté les zones occupées ; trois jeunes adultes ayant fréquenté l’école sous l’occupation russe ; 26 enseignants dont les élèves se trouvent en territoire occupé ; la médiatrice ukrainienne chargée de l’éducation ; trois psychologues ; et huit membres du personnel d’organisations de la société civile ukrainiennes apportant leur aide à l’évacuation et à la réintégration, notamment Almenda, GenUkrainian, Save Ukraine, Voices of Children et le Réseau ukrainien pour les droits de l’enfant. Human Rights Watch a également rencontré des représentants de l’initiative ukrainienne « Bring Kids Back ».
Des enfants, des parents et des psychologues ont raconté que des hommes armés se rendaient dans les foyers ou y faisaient irruption pour saisir des ordinateurs et des téléphones afin de rechercher du matériel scolaire ukrainien en ligne, et menaçaient d’envoyer les enfants dans des institutions résidentielles s’ils n’étaient pas inscrits dans des écoles gérées par les Russes. Dans un cas survenu en 2023 dans une école gérée par les Russes, un garçon de 12 ans chez qui des ressources scolaires ukrainiennes en ligne avaient été trouvées sur son téléphone a été envoyé dans le bureau du directeur, a déclaré son professeur d’ukrainien. Lorsque des soldats russes armés se sont présentés dans ce bureau, le garçon a fait une « crise de nerfs » nécessitant des soins médicaux, et les autorités ont ensuite régulièrement perquisitionné le domicile de sa famille.
Le contrôle de l’Internet exercé par les autorités russes a également rendu l’enseignement en ligne ukrainien plus difficile et plus dangereux. Depuis 2025, les autorités ont bloqué les applications de messagerie telles que WhatsApp, restreint l’accès à YouTube et Telegram, et imposé l’utilisation d’applications développées en Russie qui pourraient intégrer des moyens de surveillance selon les craintes de parents ukrainiens. Selon les données du gouvernement ukrainien, environ 12 000 élèves des zones occupées ont abandonné les cours en ligne d’écoles ukrainiennes entre les années scolaires 2024-2025 et 2025-2026.
Les enseignants sont de plus en plus tenus de diffuser les discours officiels russes et s’exposent à des risques professionnels s’ils s’en écartent, ont déclaré les agences des Nations Unies chargées des droits de l’homme et leurs Rapporteurs. Les écoles gérées par la Russie obligent les enfants à chanter l’hymne national russe, à réciter des poèmes patriotiques russes, à écrire des lettres et à faire des dessins pour les soldats russes, ainsi qu’à assister à des cours intitulés « Conversations sur les choses importantes » qui promeuvent les discours de l’État russe.
Les enfants ont rapporté que leurs enseignants affirmaient que l’État et l’identité ukrainiens n’existaient pas, que l’Ukraine était « dirigée par des nazis », et justifiaient l’invasion russe. Les cours encouragent la loyauté envers l’État russe, la confiance dans ses dirigeants et le respect pour ceux qui combattent dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Les manuels d’histoire contiennent des discours ouvertement anti-ukrainiens.
Le personnel scolaire russe a fait pression sur les élèves ou leur a imposé de rejoindre des organisations de jeunesse soutenues par l’État, qui combinent formation idéologique et éléments de militarisation, ainsi que de participer à des camps militarisés. Les enfants ont été formés au maniement d’armes automatiques, de drones, de mines terrestres et de grenades à main. Dans certains cas, les écoles des zones occupées servent de porte d’entrée vers le système militaire russe, facilitant l’enregistrement militaire et, à terme, la conscription.
Human Rights Watch a précédemment dénoncé la mainmise coercitive de la Russie sur les systèmes éducatifs lors de son occupation de certaines zones de Kharkiv, que les forces ukrainiennes ont reprises vers le début de l’année scolaire 2022-2023.
Le droit international des droits humains garantit aux enfants un droit à l’éducation qui respecte leur langue, leur culture et leurs valeurs nationales, et l’article 8 de la Convention relative aux droits de l’enfant dispose que les États doivent respecter le droit de l’enfant à son identité, y compris sa nationalité, et s’abstenir de toute ingérence illégale à cet égard. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit la propagande en faveur de la guerre.
Le droit international humanitaire interdit à une puissance occupante de contraindre les résidents du territoire occupé à servir dans ses forces armées ou d’utiliser la pression ou la propagande pour obtenir leur enrôlement. Les violations de ces interdictions constituent des infractions graves au droit de la guerre et peuvent constituer des crimes de guerre. Le droit international humanitaire interdit également à une puissance occupante de modifier les lois en vigueur sur le territoire occupé, ce que les autorités russes ont fait en ce qui concerne la loi ukrainienne sur l’éducation. Toute force d’occupation est tenue de « faciliter le bon fonctionnement » des établissements scolaires en coopération avec « les autorités nationales et locales ».
Les enfants qui parviennent à revenir sur le territoire contrôlé par l’Ukraine présentent souvent des signes d’anxiété et de traumatisme, ont indiqué des psychologues. L’un d’entre eux a cité l’exemple d’un garçon qui a commencé à avoir des crises d’épilepsie alors qu’il vivait sous l’occupation, qu’il trouvait « accablante ». Le garçon et sa famille ont fui la zone occupée où ils se trouvaient, suite aux menaces des autorités d’occupation après qu’il eut chanté l’hymne ukrainien à l’école.
Le gouvernement ukrainien fournit aux enfants évacués des zones occupées par la Russie une aide à la réinstallation, des soins médicaux, des documents officiels, des évaluations et des plans de traitement. Cependant, la prise en charge ultérieure dépend des autorités locales, qui sont confrontées à des difficultés financières.
Des associations de la société civile et des enseignants ont exhorté le ministère ukrainien de l’Éducation à renforcer le soutien à la réintégration de ces enfants, notamment par le biais de cours de rattrapage, d’un enseignement de la langue ukrainienne, d’un accompagnement psychologique pour les élèves et les enseignants, ainsi que par la formation des enseignants afin de contrer la propagande russe et de prévenir le harcèlement dont sont victimes les enfants qui parlent russe ou reprennent les discours appris dans les écoles gérées par la Russie. Les médiateurs ukrainiens ont appelé à la mise en place de procédures permettant de reconnaître les études secondaires achevées sous l’occupation, ainsi qu’à la mise en place d’actions de sensibilisation auprès des élèves vivant sous l’occupation concernant leur inscription dans les universités ukrainiennes.
Les gouvernements et les organisations qui soutiennent l’Ukraine devraient accroître leur aide financière afin de renforcer le système éducatif, et de soutenir les enfants et les enseignants ayant pu revenir des zones occupées.
« Les exactions commises par la Russie à l’encontre des enfants ukrainiens ont été largement condamnées, mais les enfants vivant sous occupation, tout comme ceux qui ont réussi à partir, ont toujours besoin d’un soutien urgent », a conclu Bill Van Esveld. « Les parents, les enseignants et les associations de la société civile aident ces enfants à s’épanouir malgré les traumatismes et les privations. Les gouvernements qui soutiennent l’Ukraine devraient intensifier leur aide pour garantir leur réussite. »
Suite détaillée en anglais.
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