(Beyrouth) – Deux attaques menées par des colons israéliens contre le village de Tal, près de Naplouse en Cisjordanie, le 24 juillet 2026, ont entraîné la mort de quatre Palestiniens et de deux Israéliens, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Cet incident a déclenché une vague d’attaques de représailles menées par des colons dans des villages palestiniens voisins, l’annonce par le gouvernement israélien d’une « vaste opération antiterroriste », ainsi que des déclarations de responsables israéliens appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Les gouvernements devraient agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles violences et atrocités commises par les colons.
« Le gouvernement israélien n’a pas empêché les attaques menées par des colons contre le village de Tal. Il doit donc désormais mettre un terme aux représailles des colons et à l’escalade des opérations militaires qui ne feront qu’aggraver une situation déjà critique », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Des années marquées par une violation généralisée de la loi et l’impunité pour ces attaques ont transformé la Cisjordanie en une poudrière prête à exploser et une action décisive s’impose de toute urgence. »
Les meurtres commis le 24 juillet à Tal portent à 10 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie occupée depuis le 19 juillet. Au 19 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) faisait état de 68 Palestiniens tués en Cisjordanie en 2026, dont au moins 13 par des colons. L’OCHA a indiqué qu’au 15 juillet, 20 Israéliens avaient été blessés en 2026 en Cisjordanie. La violence des colons a fortement augmenté depuis l’entrée en fonction du gouvernement israélien actuel en décembre 2022, avec une reprise particulièrement marquée en mars et avril 2026, pendant la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Human Rights Watch a interrogé deux témoins des attaques ainsi qu’un militant local, et a vérifié six vidéos des incidents publiées sur les réseaux sociaux et transmises directement aux chercheurs.
Entre 6 h 10 et 6 h 45 du matin le 24 juillet, 40 à 50 colons, dont des enfants, se sont approchés de Tal par l’est, ont attaqué quatre ou cinq habitations palestiniennes à coups de pierres et ont tenté d’y faire irruption, ont déclaré les témoins. Une confrontation a éclaté entre les colons et les Palestiniens, au cours de laquelle un colon armé a tiré et blessé un Palestinien, ont indiqué les témoins. D’autres Palestiniens sont alors arrivés pour venir en aide à la famille et les colons ont pris la fuite.
Environ 30 minutes plus tard, le même groupe de colons est revenu à Tal par le sud-ouest, où ils ont été rejoints par des soldats israéliens, a déclaré Mujahid Waleed, un habitant local qui a été témoin des deux incidents.
« Quand je suis arrivé [sur les lieux de la deuxième altercation], les colons et les Palestiniens étaient déjà en train de se battre », a déclaré Waleed. « Les colons attaquaient les Palestiniens, et l’armée restait les bras croisés sans intervenir. L’armée n’est intervenue qu’après qu’un Palestinien eut désarmé un colon et commencé à tirer sur le soldat et les colons. L’armée a riposté et tué à bout portant le [Palestinien] qui portait l’arme, tandis que les colons et les soldats ont tiré sur les trois autres Palestiniens non armés. »
Les attaques ont eu lieu dans la zone B, une zone placée sous contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II. Les quatre Palestiniens tués étaient deux frères et deux cousins de la famille Ramadan.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux vidéos montrant l’affrontement, qui corroborent le récit de Waleed. Une vidéo montre deux colons armés aux côtés d’un soldat en uniforme, près d’un groupe d’hommes palestiniens. Les colons semblent avoir déclenché l’altercation physique en donnant un coup de pied à un Palestinien, avant qu’une bagarre n’éclate et qu’un soldat ne tire en l’air.
Lorsque deux Palestiniens tentent de s’emparer des armes des colons, des coups de feu retentissent et un Palestinien s’effondre au sol. On aperçoit un colon brandissant une arme. Une deuxième vidéo montre le deuxième Palestinien en train de prendre une arme à feu à un colon et de le pousser à terre ; le colon sort un pistolet, et le Palestinien semble tirer sur lui.
L’armée israélienne a déclaré à 9 h 32 que des soldats avaient été dépêchés sur place à la suite d’un signalement faisant état d’« une attaque contre des civils israéliens qui faisaient une randonnée dans la secteur » et que « des terroristes avaient dérobé l’arme d’un agent de sécurité arrivé sur les lieux et avaient ouvert le feu en direction des civils israéliens ». L’armée a annoncé par la suite que l’incident avait entraîné la mort de Benyahu Mellet, 32 ans, et du major Yuval Ezra, 27 ans, un soldat en service actif. L’armée israélienne a indiqué que le commandant de section avait riposté et tué le tireur palestinien, a rapporté le Times of Israel. Elle n’a pas fourni de détails concernant la mort des trois autres Palestiniens.
Human Rights Watch, d’autres organisations non gouvernementales et les médias ont signalé à plusieurs reprises des attaques menées par des colons armés, qui se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou alors que des soldats se tiennent à proximité sans intervenir. Ils ont constaté que les colons responsables de ces attaques opèrent souvent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien.
Le Times of Israel a rapporté que Mellet dirigeait les équipes de défense civile de la colonie de Havat Gilad. Après le 7 octobre 2023, le ministère de la Sécurité nationale a mis en place ces équipes dans les colonies de Cisjordanie et leur a conféré des pouvoirs de police spéciaux, des uniformes et des armes. La création de ces unités, ainsi que celle de « bataillons de défense régionaux » réservés aux colons au sein de l’armée israélienne, a contribué à un dangereux flou entre colons et soldats.
En réponse à cet incident, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a convoqué une réunion d’urgence sur la sécurité, a annoncé le redéploiement de cinq bataillons militaires en Cisjordanie et a ordonné à l’armée de mener une « vaste opération antiterroriste ».
Depuis lors, des attaques de représailles menées par des colons ont été signalées dans des villages voisins, a rapporté l’agence de presse palestinienne WAFA. Ces attaques ont fait des blessés et causé des incendies criminels ainsi que d’autres dégâts matériels.
Netanyahou a également annoncé qu’il allait accélérer la régularisation des avant-postes de colons et la création de nouveaux avant-postes. Ces avant-postes, qui ont souvent servi de points de départ pour des attaques contre des communautés palestiniennes, sont illégaux tant au regard de la loi israélienne que de la Quatrième Convention de Genève. Leur légalisation rétroactive sert à repousser les limites de l’expansion des colonies et à permettre l’appropriation de terres palestiniennes, servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé Netanyahou à « autoriser la création d’une colonie à l’avant-poste de Sela, près du lieu où la grave attaque a eu lieu ce matin. À cette fin, il est nécessaire de transférer cette zone de la zone B à la zone C [territoire entièrement contrôlé par Israël], d’en assumer la responsabilité et d’autoriser l’implantation d’une colonie à cet endroit ».
Depuis l’attaque, des responsables israéliens ont publié des déclarations appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Smotrich a déclaré que ces villages « devraient ressembler aux camps de réfugiés de Naplouse et de Tulkarem », qui ont été détruits lors d’une opération militaire israélienne en janvier 2025, laquelle, selon Human Rights Watch, constituait des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un nettoyage ethnique.
Dans un message publié sur X, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclaré : « Les villes et villages des assassins de Cisjordanie devraient subir le même sort que Beit Hanoun [une ville palestinienne assiégée] à Gaza. … Pour chaque Juif assassiné, l’ennemi doit subir la perte de terres et de maisons. »
En juillet 2024, la Cour internationale de justice a estimé que l’occupation par Israël du territoire palestinien était illégale et qu’Israël enfreignait l’interdiction de la ségrégation raciale et de l’apartheid. La Cour a estimé qu’Israël avait l’obligation d’évacuer tous les colons de Cisjordanie, y compris de Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de regagner leurs foyers et de leur verser des réparations.
Les gouvernements doivent agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles atrocités en Cisjordanie, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.
« Les violences commises par les colons à l’encontre de Tal nous rappellent que si la violence n’est pas enrayée et si les responsables ne sont pas amenés à rendre des comptes, une escalade et de nouvelles atrocités sont inévitables », a déclaré Sarah Sanbar. « Les gouvernements doivent prendre des mesures d’urgence afin que le gouvernement israélien ne continue pas à agir comme s’il avait le feu vert pour commettre de nouvelles atrocités. »