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Bangladesh : Des glissements de terrain mortels pour les réfugiés rohingyas

Les pays donateurs devraient d’urgence fournir des fonds pour réduire les risques, reconstruire les abris et entretenir les sites

Un membre de l’ONG Community Partners International (CPI), muni d’un mégaphone, participait aux opérations de secours dans l’un des nombreux camps de réfugiés rohingyas situé dans la région du Cox's Bazar, dans le sud-est du Bangladesh, le 8 juillet 2026, suite à un glissement de terrain lors d’une pluie de mousson. © 2026 Shamimul Islam Faisal/AP Photo

(Bangkok, 13 juillet 2026) – Les risques mortels auxquels sont confrontés les réfugiés rohingyas au Bangladesh ont été mis en évidence par les glissements de terrain survenus en juillet, qui ont fait au moins 17 morts et déplacé plus de 3 000 personnes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le Bangladesh accueille plus d’un million de réfugiés rohingyas depuis près d’une décennie ; ces familles, dont le nombre ne cesse de croître, sont entassées dans des abris en bambou et couvertes de bâches en plastique, sur des versants escarpés et déboisés, particulièrement vulnérables pendant la saison de la mousson. Alors que de nouveaux réfugiés continuent d’affluer depuis le Myanmar, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a signalé à plusieurs reprises les risques de décès et de blessures dans ces camps surpeuplés, en raison des cyclones, des inondations et des glissements de terrain aux effets parfois mortels. Les autorités bangladaises, l’ONU et les gouvernements donateurs devraient réduire la surpopulation dans les camps de réfugiés et renforcer d’urgence l’aide requise pour rétablir des digues, le drainage et les voies d’accès, ainsi que pour la mise en place de sites de relogement d’urgence.

« Chaque mousson devient de plus en plus meurtrière pour les réfugiés rohingyas au Bangladesh, les collines dénudées s’effondrant sous les abris de fortune, alors que les fonds destinés à consolider les camps se sont taris », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Il ne s’agit pas simplement de catastrophes naturelles, mais d’une conséquence prévisible de politiques qui mettent la vie des réfugiés en danger. »

L’ONG Rohingya Coordination Platform (RCP - Plateforme de coordination pour les Rohingyas) a signalé qu’entre le 4 et le 9 juillet, 286 incidents liés aux intempéries se sont produits dans les camps de Cox’s Bazar, touchant 26 119 réfugiés ; 95 glissements de terrain ont déplacé 4 307 personnes, endommagé partiellement 2 809 abris et détruit 13 abris. Plusieurs centres d’apprentissage, des installations sanitaires et d’approvisionnement en eau courante, des murs de soutènement, des allées, des escaliers, des ponts et des routes ont également été endommagés. Les autorités bangladaises ont évacué plus de 1 000 réfugiés des zones à haut risque, mais beaucoup de personnes ont refusé de quitter leurs abris.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes : cinq réfugiés rohingyas touchés par les glissements de terrain, et quatre travailleurs humanitaires impliqués dans les interventions d’urgence. 

Un ingénieur civil spécialisé dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène a déclaré que la conception des campements était défaillante dès le départ. « Lorsque les Rohingyas se sont réfugiés ici pour la première fois, les campements ont été aménagés en creusant les collines, sans système de drainage prévu », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, en raison des coupes budgétaires, les travaux durables de prévention des glissements de terrain, notamment la maçonnerie, ne peuvent pas être réalisés correctement, tandis que le gouvernement bangladais refuse d’autoriser les constructions permanentes sur les sites des campements. »

Les réfugiés nouvellement arrivés sont particulièrement exposés aux risques, car on ne leur attribue pas d’abris officiels et ils finissent par louer ou acheter des logements précaires, a indiqué Human Rights Watch. « J’ai demandé à plusieurs reprises au personnel des ONG [organisations non gouvernementales] de me fournir un abri, mais ils m’ont répondu qu’aucun logement n’était attribué aux nouveaux arrivants », a déclaré un homme, arrivé au Bangladesh en août 2024. Ses deux filles et ses deux petits-enfants sont décédés le 6 juillet car ils vivaient au bord d’une colline, dans un abri de fortune qu’il avait lui-même construit. « Je ne savais pas que la colline s’effondrerait ainsi », a-t-il déclaré.

Entre novembre 2023, lorsque des combats ont repris entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, et mai 2026, au moins 152 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour chercher refuge à Cox’s Bazar. L’ONG Rohingya Refugee Response a lancé un appel de fonds urgent, soulignant que le plan initial de 2025 avait prévu 50 000 nouveaux arrivants, mais que compte tenu du triplement de ce nombre, ces prévisions étaient désormais insuffisantes. 

Le gouvernement bangladais n’a pas encore pris de décision suite à la demande du HCR visant à obtenir davantage de terrains pour accueillir ces nouveaux arrivants, qui sont entassés sur les 24 kilomètres carrés déjà alloués aux camps. « Le gouvernement ne veut pas que les réfugiés considèrent le Bangladesh comme leur lieu de résidence permanent », a expliqué un travailleur humanitaire. « Ainsi, lors de chaque réunion, les autorités semblent très strictes et refusent catégoriquement d’autoriser la construction d’abris pour les nouveaux arrivants. » 

En raison d’une demande croissante de logements, les réfugiés ont peur de quitter leurs habitations. « Nous menons sans cesse des campagnes de sensibilisation, mais nous ne parvenons pas à déplacer un grand nombre de personnes en situation de risque », a déclaré un travailleur humanitaire. « Il y a peu de temps, dans le camp 18, j’ai vu qu’après un glissement de terrain, une habitation s’était à moitié effondrée sur une autre, mais nous n’avons toujours pas pu évacuer les occupants. »

Les travailleurs humanitaires ont également indiqué que les relogements d’urgence sont difficiles, car les camps manquent d’espace et que les sites temporaires – tels que les centres d’apprentissage ou les espaces destinés à la prise en charge des enfants, des adolescents et des femmes – manquent souvent d’espaces personnels et de services adéquats. « Les gens craignent que, dans les centres d’apprentissage ou autres lieux de relogement, de nombreuses personnes soient regroupées, ce qui pose des problèmes d’accès aux toilettes et d’autres préoccupations liées à l’intimité », a expliqué le travailleur humanitaire.

En décembre 2024, le gouvernement bangladais a approuvé la construction d’abris temporaires plus solides que les structures existantes en bambou et en bâche. Le gouvernement a également approuvé trois modèles d’abris semi-permanents, et envisage des projets pilotes visant à créer des abris à deux étages pour remédier à la surpopulation. Le gouvernement a en outre donné son accord pour la reconstruction de 50 000 abris. Cependant, les coupes dans le financement humanitaire annoncées en janvier 2025 ont mis un terme à ce projet. Le département des forêts, les représentants locaux et les membres des communautés d’accueil se sont opposés à ces projets, qui impliquent une installation permanente, mettant en garde contre la perte de terres forestières protégées. 

La sécurité des abris devrait être considérée comme une question relevant des droits humains, et non comme une concession en faveur d’une installation permanente, a déclaré Human Rights Watch. Les bailleurs de fonds devraient financer ces modèles d’abris plus sûrs qui ont été approuvés, et le Bangladesh devrait continuer à autoriser la construction de logements plus résistants aux catastrophes, et la mise en place de lieux relogement sûrs.

À l’heure actuelle, l’appel de fonds pour la coordination des abris et des camps ainsi que la gestion des camps n’est financé qu’à hauteur de 42 %, ce qui laisse un déficit de 73,9 millions de dollars US, tandis que le plan de gestion des risques de catastrophe présente un déficit de 23,2 millions de dollars US. La Plateforme de coordination pour les Rohingyas a appelé à un financement immédiat pour la stabilisation des pentes, le drainage, la gestion des bassins versants, l’amélioration des accès et le renforcement des capacités techniques afin de protéger des vies et de maintenir l’accès humanitaire tout au long de la saison de la mousson, qui ne prend généralement fin qu’en octobre.

« Les réfugiés rohingyas n’ont pas besoin de nouveaux atermoiements, mais plutôt d’une réponse urgente et efficace », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient agir, au lieu d’attendre que le prochain glissement de terrain emporte une autre famille rohingya. »

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